Le Travail qui Relie

Dans les années 1980 Joanna Macy a commencé à développer des ateliers de Travail qui Relie pour permettre aux personnes de « trouver la solidarité et le courage nécessaires pour agir, malgré la dégradation rapide des conditions écologiques et sociales ». Depuis, le Travail qui Relie a été expérimenté par des centaines de milliers de femmes et d’hommes à travers le monde, dans les milieux de la transition et après de grandes catastrophes écologiques ou humanitaires.

Il s’agit d’une expérience stimulante et régénératrice, invitant à une profonde reconnexion à soi, aux autres humains, non humains et à la Terre, dans la perspective d’une société qui soutient la vie. Dans l’espace francophone c’est notamment l’association Roseaux Dansants qui a contribué à la diffusion du Travail qui Relie. Plus récemment, la publication du livre « Une autre fin du monde est possible » par Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle (2018) a permis de mieux faire connaître cette pratique en France.


Joanna Macy

Née en 1929 aux Etats-Unis, Joanna Macy est une militante écologiste, adepte du bouddhisme et spécialiste de la théorie des systèmes. Engagée dans le « Movement for a New Society » et dans les luttes féministes et anti-nucléaires, elle a créé en 1978 son premier atelier intitulé « Travail du désespoir et de l’émancipation« . Au fil des rencontres et des collaborations avec Molly Young Brown, Chris Johnstone et de nombreuses autres personnes, le Travail qui Relie s’est enrichi d’histoires et de pratiques variées. Pour Joanna Macy, qui a refusé de déposer la marque du Travail qui Relie et d’en faire un business, c’est un processus qui « nous appartient à tous« . Souvent considérée comme pionnière en écopsychologie, Joanna Macy est aujourd’hui une voix reconnue de l’écologie profonde et du mouvement altermondialiste.


Le Changement de Cap

Selon Joanna Macy notre époque se trouve dans une situation d’incertitude radicale, tiraillée entre trois grandes histoires possibles :

  • Faire comme d’habitude est le récit dominant du Business as usual et de la société de croissance industrielle, faisant de la nature une ressource à exploiter sans limites, persuadé que la technique viendra nous sauver ;
  • L’Effondrement ou la Grande désintégration est le second récit, basé sur les recherches scientifiques, qui nous alerte face aux risques d’effondrements des systèmes biologiques, écologiques, économiques et sociaux si la fuite en avant continue ;
  • Enfin le Changement de Cap est l’histoire de celles et ceux qui font le pari d’un autre monde possible, contribuant au passage d’une société de croissance industrielle à une société respectueuse du vivant.

Bien sûr, ces trois histoires co-existent en chacune et chacun d’entre nous, et de nombreuses personnes dans le monde vivent déjà des situations d’effondrements. Face à cela, le Travail qui Relie est un processus invitant à transformer l’apathie, le sentiment d’impuissance ou le désespoir en élan d’entraide, de sens et d’engagement.

Joanna Macy a proposé trois piliers nécessaires pour le Changement de Cap :

  • Les actions de résistance pour la défense du vivant comprennent l’ensemble des actions directes, militantes, politiques, législatives et judiciaires permettant de sauver qui ce peut encore être sauvé et de peser dans les rapports de force ;
  • La transformation des conditions de notre vie commune implique de créer les alternatives et les structures nécessaires pour « nous gouverner nous-mêmes » et prendre soin de la Terre ;
  • Le changement de perception et de valeur propose de dépasser l’illusion d’un Moi isolé pour nourrir le sentiment d’une interdépendance avec la grande toile de la vie.

Les ateliers de Travail qui Relie

Face à une culture de l’individualisme et de la séparation, les ateliers de Travail qui relie sont donc une invitation à se relier avec soi-même, avec les autres humains, non humains et l’ensemble du vivant. Ces ateliers se réalisent en groupe, en pleine nature le plus souvent, et sont animés par une équipe de facilitation pendant une durée de 2 à 7 jours. Ils permettent notamment de partager nos ressentis face aux bouleversements du monde, de trouver du soutien, et de clarifier les causes et les projets qui nous animent en vue d’une métamorphose de société.

Au fil de l’atelier les facilitateur·ice·s proposent des pratiques en individuel, en binôme, en petit groupe et en grand groupe permettant l’expression de nos parts sensorielles, créatives, artistiques et sensibles. Les propositions, inspirées du bouddhisme, de la pensée systémique, de l’écologie profonde et des traditions autochtones, sont toujours des invitations et non des demandes, laissant bien sûr la place à la souveraineté personnelle de chacune et de chacun. Elles comprennent notamment des cercles de parole, des méditations guidées, des explorations sensorielles en nature, des pratiques artistiques et des rituels collectifs dédiés à la Terre-Mère.

D’après Joanna Macy :  » le but essentiel du Travail qui Relie est d’amener les gens à découvrir et à faire l’expérience de leurs connexions naturelles avec les êtres qui les entourent ainsi qu’avec la puissance systémique et auto-régénératrice de la grande toile de la vie. Cela, afin qu’ils puissent trouver l’énergie et la motivation de jouer leur rôle dans la création d’une civilisation durable ». Ainsi, dans le Travail qui Relie l’invitation à agir ne nait pas d’une injonction morale extérieure à la personne. Elle émerge d’une nécessité intérieure, de la confiance retrouvée et du « pouvoir du dedans » dirait Starhawk, activiste écoféministe américaine.

Enfin, le Travail qui Relie n’est pas un espace de discussion et de débat où il s’agit d’avoir raison sur l’autre, ou de donner des conseils qui n’ont pas été demandés. C’est un lieu proposant de s’exprimer avec le cœur, et d’écouter les autres, dans un cadre de confiance, de bienveillance et de confidentialité que nous tissons ensemble. Toutefois le Travail qui Relie n’est pas une pratique de développement personnel ou de psychothérapie de groupe. C’est plutôt un espace de soutien collectif et de reconnexion à la Terre, engagé dans la perspective d’un Changement de Cap. Il s’articule toujours à travers quatre étapes.


Les quatre étapes du Travail qui Relie

Après un cercle d’ouverture, la première étape « S’enraciner dans la gratitude » invite à remercier et célébrer les liens qui nous tiennent à cœur en tant qu’être vivant sur Terre. C’est aussi l’occasion de tisser la joie et la confiance dans le groupe avant la suite de l’atelier.

La seconde étape « Honorer notre peine pour le monde » propose de reconnaître et d’entendre ce qui nous cause de la douleur, du chagrin, de la peur, de la colère ou du désespoir, et de le transmuter par un rituel collectif.

La troisième étape , « Porter un nouveau regard », est ensuite un voyage à la rencontre de l’histoire évolutive de la Terre, des générations passées et à venir. Du sentiment d’interdépendance peut alors fleurir, ou être renforcé, le désir de contribuer pour la vie.

La quatrième étape, « Aller de l’avant », propose enfin de clarifier et d’approfondir les rêves ou les projets qui nous appellent, et les ressources personnelles et collectives sur lesquelles nous pouvons compter pour l’avenir. L’atelier se termine avec un cercle de clôture.


Notre conception du Travail qui Relie

Pour nous le Travail qui Relie n’est pas une méthodologie, une technique standardisée ou une « boîte à outils » comme nous pouvons en trouver sur le vaste marché du Bien-être. C’est une expérience subversive et collective ayant un héritage, une histoire que nous avons à cœur de partager, dans le respect de ce qui nous a été transmis. Ce processus, qui a été particulièrement soutenant pour nous, nous inspire encore aujourd’hui.

Ainsi, nous n’intervenons pas comme des expert·e·s qui viendraient donner des conseils ou apprendre aux personnes à « gérer » leur éco-anxiété tout en restant adapté·e·s au système dominant. Nous proposons plutôt de faciliter un espace collectif de prendre-soin et de transformation, invitant chacune et chacun à retrouver son pouvoir personnel pour contribuer à « la guérison de notre monde ».

Nos ateliers s’adressent à des groupes déjà constitués (associations, école, collectif, etc.) ou bien à un public ouvert sur inscription. Il nous arrive d’animer certains ateliers avec des ami·e·s avec qui nous avons été formé·e·s au Travail qui Relie. Et, selon les situations, il est important pour nous que les ateliers puissent être intergénérationnels, en accueillant les enfants et adolescent·e·s avec leurs parents ou leur autorisation.

Alors que l’écologie est parfois marquée par une tendance à l’entre-soi, à l’homogamie sociale et culturelle, pour nous le Travail qui Relie doit-être accessible à toutes et tous. Ainsi, nous veillons à ce que l’hébergement et la nourriture proposée soient respectueux de la Terre et raisonnables financièrement. La rétribution pour notre travail de facilitation se réalise sous la forme d’un don libre, conscient et informé.

Enfin, pour tous nos ateliers nous posons une intention et une préparation spécifique. Chaque atelier est donc unique et se colore des énergies du lieu, de la saison, de nos propositions singulières et de la magie de la rencontre avec les participant·e·s. Sans dogmatisme ni prosélytisme, ces espaces sont ainsi marqués d’une dimension intime et sacrée, où toutes les parole sont entendues et honorées, dans le respect des besoins et des intentions de chacune et de chacun.

Nous y sommes pleinement engagé·e·s. Ensemble, nous croyons qu’il est possible de ressentir, d’imaginer et de trouver notre chemin vers d’autres mondes possibles. Nous savons qu’il y aura des épreuves à traverser, des causes à défendre, et des deuils à porter collectivement. Mais face aux chocs en cours et à venir, le Travail qui Relie permet aussi de tisser des relations d’entraide et de soutien, « pour quand arrivent les tempêtes nous ayons un maximum de chance d’éviter de nous agresser les uns les autres » disait Joanna Macy en 2013.


Sources des citations

Joanna Macy, Chris Johnstone (2018). L’espérance en mouvement. Éditions Labor et Fides, Collection Fondations Ecologiques

Joanna Macy, Molly Young Brown (2021). Écopsychologie pratique et rituels pour la terre. Revenir à la vie. Préface de Pablo Servigne et Terr’eveille. Éditions Le Souffle d’Or

Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Gauthier Chapelle (2018). Une autre fin du monde est possible. Vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre). Edition Seuil Anthropocène


Prochains ateliers
de Travail qui Relie :